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Une brève histoire du vin en Anjou, troisième partie.

Une brève histoire du vin en Anjou : le Moyen Âge.

César a reçu ses lauriers, la Gaule romaine s’est christianisée, l’eucharistie remplace les libations païennes et les Bretons nous chamaillent nos tonnelets. Le Moyen Âge est là ; le vin avec.

Le précieux liquide colle intrinsèquement au train de la religion, il est tout à fait primordial. Les nouvelles coutumes s’imposent dare-dare en Anjou comme partout ailleurs.

Du Haut Moyen Âge au Moyen

L’Antiquité garde ses secrets jalousement, nous l’avons vu, les restes archéologiques sont bien enfouis. À partir du Haut Moyen Âge, le mystère se dissipe. Une profusion de documents nous est parvenue. Ils décrivent les gentilles habitudes vinaires des moyenâgeux comme en témoigne la Chanson du père Adam, rédigée avant 900.

C’est un abbé d’Angers, dit-on//Qu’a l’nom de notre premier homme ; //Ils prétend’ qu’en buveur de vin,//Il surpass’ tous les Angevins…

 Une drôle de chanson qui nous est parvenue. Le personnage du père Adam sera dès lors repris dans plusieurs chansons paillardes. Bel hommage à la vocation.

Mais ce sont bien aux religieux à qui l’on doit l’essentiel des témoignages de cette époque. Les moines ont laissé de riches archives. On y trouve des actes juridiques relatifs aux vignes et des anecdotes corroborant une pratique régulière du vin de table. De cette époque, on sait que de nombreux vignobles angevins se développèrent entre 900 et 1200. Tout ou presque a été cartographié en rusant des témoignages et cartulaires monastiques.
Seul bémol, les moines ne s’occupaient pas des affaires des laïcs ni des roturiers. Ce qui laisse penser qu’encore davantage de vignes existaient.
L’on y observe que la vigne est partout. Pas seulement sur des terrains propices. Que nenni ! Ça tient au fait qu’au Moyen Âge, on cultive d’abord pour la famille, éventuellement pour vendre sur les marchés locaux, et enfin — s’il y’a de quoi — on exporte.
À chacun sa petite exploitation familiale et régulière.

À mesure que l’on avance dans cette histoire, tout se précise. À partir du 13esiècle, les registres seigneuriaux en disent long sur la pratique viticole angevine. L’administration s’informait déjà bien de ses administrés. Tout un fouillis d’aveux (reconnaissance d’un suzerain par son vassal ou d’un vassal par son suzerain) et dénombrements (recensement approximatif de la population exprimé en « feux » pour foyers, que l’on multipliait par un coefficient, généralement 5, pour estimer la population) ; de censiers (registres dans lesquels étaient inscrites les contributions du cens, l’impôt payé par les paysans à leur seigneur en contrepartie de l’exploitation d’une censive, une terre) ; de registres concernant la perception de la dîme (impôt sur les récoltes prélevées par l’Église) ; et d’autres registres comptables. Bref, on en sait grandement plus. 

Et ce que l’on trouve c’est que chaque exploitation agricole, sauf rares exceptions, comprend une vigne. Il faut se souvenir que la paysannerie représentait, grosso modo, 90 % de la population. Conséquemment, chaque paroisse possédait son vignoble. En Anjou, c’est principalement autour des vallées que se concentrent les vignobles. Tout le long du Loir, de la Sarthe et de la Mayenne jusqu’à ce que leurs eaux se joignent pour former la Maine. Et, bien sûr, aussi autour de la Loire. Des couronnes de vignes décorent les zones suburbaines d’Angers et de Saumur.

Un vin déjà réputé

Les vins d’Anjou circulent naturellement par le flux ligérien et les autres cours d’eau. Nos vieux ennemis de Bretagne et de Normandie, devenus raisonnables, ont abandonné l’idée de faire leur vin. Ils s’approvisionnent désormais chez nous. Cependant, certains vins ont du mal à passer la douane d’Ingrandes à la frontière des états de Bretagne. Le système de taxation ne se fait pas sur la valeur, ad valorem, mais au poids comme pour la dîme, ad pondus, — traduction très discutable —, qui favorise les économies d’échelles. Plus le volume est important, plus la taxe unitaire est faible. Concurrence déloyale, les vins les plus appréciés étaient alors favorisés. Ce qui n’était absolument pas un problème pour les vins d’Anjou très demandés.

Pour ceux qui l’ignorent encore, la Vie de Saint-Mexme nous apprend qu’au XIe siècle, il partait du port de Nantes des vins de Chinon. On suppose que très vite ont été exporté des vins d’Anjou.
Jean sans Terre le mal nommé taxe les importations de vins d’Anjou, du Poitou et d’Île-de-France en Angleterre. Le vin se lie étroitement au commerce. Plus tard, une bonne partie du système capitaliste reposera sur son commerce, David Ricardo l’expliquait, plus facile d’importer du vin en Angleterre et d’exporter de la bière que l’inverse, les avantages comparatifs… Pardon ! je m’égare. Pour l’heure, le roi d’Angleterre en 1199 taxe les vins de France, en témoignent les annales du monastère de Burton. Au 12e siècle, les vins d’Anjou s’exportent déjà dans les états de Bretagne, de Normandie, en Angleterre et à Paris.

On ne tarit pas d’éloge sur le vin d’Anjou d’alors. Courant 1230, Henri d’Andeli, un clerc de Saint-Louis, encense la qualité des vins d’Anjou. Un poète relativement important Jean Maillart, auteur de l’une des premières histoires de Peau d’Âne, loue les vins de la Loire, de Saint-Pourçain, d’Orléans et d’Anjou.
En 1447, pendant la Saint-Jean, reprenait l’une des plus importantes foires au Monde, la foire du Lendit à Paris. On y venait de toute l’Europe, de Byzance même, pour s’y approvisionner en un peu tout, et surtout en vins d’Anjou.
Au 15eme siècle, Jean V, le duc de Bretagne, a dans sa cave des vins d’Anjou. À la cour des « grands », les vins d’Anjou siègent aux côtés de vins de Bordeaux et de Bourgogne. Les vins d’Anjou gagnent leurs quartiers de noblesse, mais ils n’ont pas encore atteint le sommet. C’est l’âge d’or qui arrive.

"Concurrence déloyale, les vins les plus appréciés étaient alors favorisés. Ce qui n’était absolument pas un problème pour les vins d’Anjou très demandés."

Le vin d'Anjou

Comme on voit en Septembre ès tonneaux Angevins

Bouillir en écumant la jeunesse des vins,

Qui chaude en son berceau à toute force gronde

Et voudrait tout d’un coup sortir hors de sa bonde,

Ardente, impatiente, et n’a point de repos

De s’enfler, d’écumer, de jaillir à gros flots,

Tant que le froid Hiver lui ait dompté sa force,

Rembarrant sa puissance ès prisons d’une écorce ;

Pierre de Ronsard, Le vin d’Anjou, extrait.

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